Cent Mille milliards de pages...et une seule vie !!!

Carnets de lecture, pour partager le bonheur de lire...

18 avril 2012

Leïla Marouane, La jeune fille et la mère

Pas totalement conquise par la langue et le style, - quoique sa rudesse ne me déplaît pas vraiment, elle est souvent salutaire en regard du contenu- je l'ai été par le fond, et par le ton.

Une grande force se dégage de ce petit livre ramassé sur lui-même, et un grand amour de la vie.

La dénonciation de la condition féminine en Algérie (génération de la guerre d'indépendance pour la mère, puis celle de sa fille) n'en est que plus efficace. La cruauté des faits n'écrase jamais l'espoir ; rarement pathétique ce récit est au fond d'un grand optimisme, et s'il nous secoue, c'est sans nous abattre.


17 août 2009

Extrait de Poussière rouge, de Gillian Slovo

Editions Christian Bourgeois, 2001, pp 200-201.

"Steve avait été un ami, pas seulement un camarade militant. Mais en essayant de retrouver une image différente de lui, Alex ne réussit qu'à faire défiler des portraits figés d'autres morts. Ils étaient si nombreux. Comment les pleurer tous?

Parfois, au Parlement, en regardant les autres survivants de ces années terribles, Alex pensait qu'ils ne partageaient pas seulement une souffrance, mais aussi la façon dont ils avaient été obligés de conserver leur humanité en la généralisant. Pour chacun, et de manière différente, le collectif était devenu plus important que l'individuel - pas seulement parce que cela avait un sens politique mais parce que c'était une façon de survivre à la douleur. Quel était le slogan qu'ils criaient aux enterrements? Ne pleurez pas, mobilisez-vous. Un slogan nécessaire alors, mais maintenant une façon de vivre. Seules les familles, comme les parents de Steve, réussissaient à s'accrocher à une douleur humaine et normale. On les remarquait à chaque audience de la Commission Vérité et Réconciliation, assises au premier rang, regardant d'un air hébété les assassins de leurs enfants, comme si, de cette façon, elles pouvaient comprendre ce qui s'était passé et accepter que le résultat ne soit pas la justice mais la vérité.

La vérité: un seul d'entre eux l'avait-il découverte? Et si oui, cela l'avait-il rendu meilleur? Parfois, Alex en doutait. Prenez le cas de James Sizela qui disait accepter la mort de son fils, et vouloir seulement retrouver son corps. Alex n'en était pas convaincu. Il connaissait suffisamment James pour savoir quelles réserves de colère se cachaient sous la surface. Si la vérité, toute la vérité, était révélée, James l'accepterait-il ? "

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Poussière rouge, de Gillian Slovo

Editions Christian Bourgeois, 2001.

J'avais acheté ce livre il y a plus d'un an déjà, chez un bouquiniste parisien. Je l'avais laissé de côté, puis ouvert, j'avais lu quelques lignes, et l'avais finalement refermé. Il ne suffit pas d'ouvrir un livre pour que le livre s'ouvre ! Pourquoi parfois il nous résiste pour céder ensuite ? Mystère...

En tout cas, cet été j'ai renoué avec lui et j'ai immédiatement été captée. Cet excellent roman, tout en finesse, et d'une belle écriture pour autant que la traduction permette d'en juger, s'est révélé d'une grande force, et s'est imprimé durablement dans ma mémoire. En Afrique du Sud, après l'apartheid, l'héroine, Sarah Barcant, une brillante avocate exilée aux Etats-Unis se voit rappelée par le mentor de sa jeunesse pour assister un ami, Alex M'Pondo ; celui-ci va être confronté à son ancien tortionnaire devant la "Commission Vérité et Réconciliation". Le procès doit être l'occasion de comprendre ce qu'est devenu le corps d'un ami d'Alex, lui aussi victime de la torture, et qui n'a jamais été retrouvé, à la grande douleur de ses parents.

L'histoire s'approche parfois du polar, mais le but est bien davantage de saisir la complexité d'une situation, dans un pays encore divisé et meurtri, les ambiguïtés des personnages (ainsi Alex , qui est pourtant victime, est lui aussi rongé de culpabilité) ; la lourdeur du climat le dispute à celle des sentiments pesants et étouffants, à la difficulté pour tous de tourner la page, la difficulté de créer un semblant de justice, de reconstruire un avenir commun. La poussière rouge, qui recouvre tout, y compris la collection très citadine et décalée des chaussures de Sarah , est peut-être la prison de la mémoire, qui enferme tous ces personnages.

L'auteur nous fait approcher de chacun avec subtilité et vraisemblance, que ce soit l'ancien bourreau, doux comme un agneau avec sa femme malade, et pourtant assassin, le père du disparu assoiffé de vérité, et figé dans une sorte de raideur morale qui semble vouloir compenser l'injustice du monde qui l'entoure, la jeune avocate qui a choisi de s'exiler et voit s'éteindre celui qui lui a tout appris et l'a aimé comme sa fille...  et bien d'autres encore. Le tout est d'une grande richesse et dresse un tableau très complet et très vivant d'un pays à un moment délicat de son histoire...

Incontournable si l'on s'intéresse à l'Afrique du Sud ! 

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12 août 2009

Saara

"Le couple faisait chambre à part depuis que Saara avait frappé Belzéb avec le battoir à tapis. Avant de se retirer chacun de son côté, le soir, ils se souhaitaient cependant bonne nuit. Pas de querelle ouverte dans cette famille, donc, mais un sentiment de malaise. La pastoresse, dans son lit, méditait sur son sort d'épouse d'un homme au cerveau détraqué. Oskar avait réellement perdu le sens des réalités, et bien sûr il ne s'en rendait pas compte. Un vieillard qui s'amourache d'une donzelle, comme Oskar de cette boulotte chercheuse d'Oulu, est déjà en soi ridicule et pitoyable, mais aller en plus se vautrer avec elle, et dans la tanière d'un ours ! A son âge, juste ciel ! C'était aussi navrant que lamentable. Saara Huuskonen avait téléphoné à un psychiatre et avait même, sous prétexte d'achats de Nöel, été parlé de sa honte à Helsinki, mais Oskar n'avait fait que hausser les épaules. Il était parfaitement sain d'esprit, prétendait-il, et Saara s'énervait pour rien comme d'habitude. La ménopause ? avait-il même osé suggérer."

Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen, Arto Paasilinna, édition Folio, p.126

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Tania

"Tania Mikhaïlova regarda le pasteur Oskar Huuskonen, assis sur son tabouret dans un coin du baraquement, des écouteurs sur les oreilles, attentif au moindre crachotement du cosmos. L'écran de l'ordinateur était d'un gris uniforme, on n'y distinguait aucun signe de vie. L'opératrice radio songea qu'elle s'était vraiment trouvé là un drôle d'amant, un homme comme on en fait peu: un prêtre finlandais défroqué, arrivé dans l'ïle avec un ours qui dansait et faisait des signes de croix dans la boîte de nuit d'un paquebot-et voilà qu'en plus il avait trouvé moyen de s'installer chez elle et tentait de prendre contact avec des extra-terrestres. Une femme ne se méfie jamais assez de ce que le destin lui réserve."

Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen, Arto Paasilinna, édition Folio p.237

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27 mai 2009

Pop Up

Je suis en verve aujourd'hui, il faut dire que j'ai des mois de silence à rattraper...

Connaissez-vous les pops-up ? Non, je ne parle pas de ces petites fenêtres intempestives, plus ou moins bienveillantes et très commerciales, qui s'ouvrent sous votre nez sans vous demander votre avis...

Je parle de ces livres en trois dimensions taillés par des maîtres du pliage et du découpage... Je rêve de pouvoir un jour apprendre à le faire...

Pour découvrir cet art, car c'en est un, et parfois il est empreint d'une véritable poésie, vous pouvez consulter la galerie à cette adresse, ou vous ferez de belles découvertes, même si l'ensemble est inégal.

J'ai un coup de coeur particulier pour la page du Japon et les pop-ups de Takaaki Kihara ! Allez-y vous verrez !

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Manuscrit d'écrivain: Flaubert

Si comme moi vous adorez pouvoir lire les manuscrits d'écrivains, observer leur écriture, leurs ratures, si vous trouvez cela palpitant et émouvant, l'information qui va suivre va vous ravir:

vous pouvez consulter en ligne l'intégralité (oui, j'ai bien dit l'intégralité !) du manuscrit de Mme Bovary de Flaubert, à cette adresse : http://bovary.univ-rouen.fr/

J'ai trouvé cette précieuse information sur l'excellent site Fabula, dont vous trouverez le lien dans la colonne.

Régalez-vous !            lunevisage

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Retour... / Le Sourire Etrusque, Sampedro

Chers papyvores,

Je reviens sur ce blog, après un long moment de silence. La vie est parfois houleuse, mais je compte bien maintenant reprendre mes billets et si possible plus régulièrement qu'avant...

Aujourd'hui j'ai envie de vous parler d'un livre que j'ai lu il y a déjà longtemps, et que je viens d'offrir pour la cinquième fois.

Le sourire étrusque, de J.L. Sampedro.

J'en ai parlé à mon compagnon, et il a eu envie de le lire. Il vient de le recevoir... Ce livre fait partie de ceux qui vous marquent durablement, et même changent (un peu) votre vie. Certains livres ont ce pouvoir. On ne se rend pas forcément compte, en les tenant dans la main pour la première fois, de ce qu'ils vont nous faire. La couverture de celui-ci disait une histoire simple, sensible, pleine d'humanité. Mais elle ne révélait pas la force des mots qui étaient à l'intérieur. Ou bien est-ce la rencontre de ces mots avec une vie et pas une autre, qui tout à coup en fait la force, la résonance ?

En tout cas pour moi ce fut une vraie Rencontre. Je venais de passer le cap de la trentaine quand je l'ai lu. A cette époque s'il m'arrivait de penser à la mort, c'était toujours avec angoisse, et cette angoisse , ce livre m'en a débarrassée.

C'est l'histoire d'un vieil Italien, "macho", élevé comme un homme qui ne pleure pas, qui n'a pas su aimer sa femme. Son coeur va s'attendrir auprès de son petit fils pour lequel il va éprouver une très grande affection, car il est venu se soigner "à la ville", chez son fils et sa belle-fille;  et il va vivre, aussi, à la fin de sa vie, une histoire d'amour , une vraie, et ouvrir son coeur à une femme, comme jamais il ne l'a fait auparavant... (Pourquoi le Sourire Etrusque me direz-vous ? Ceux qui savent quelque chose des Etrusques peuvent le deviner, les autres, vous aurez sûrement envie, comme moi, d'en savoir plus après avoir lu ce livre !)

Ce livre parle d'amour, bien sûr, mais aussi de la mort, de ce que l'on fait de sa vie. Il est écrit avec une grande sensibilité, et de cette histoire simple naissent des questions, des réflexions, d'une grande profondeur, et pleine d'humanité et d'amour pour la vie.

Sous ses airs de petit roman parmi tant d'autres, c'est un grand livre, et s'il n'est pas dans ma bibliothèque, c'est parce qu'à chaque fois qu'il tombe dans mes mains, je le donne, pour le faire connaître. J'espère que ce billet vous aura donné  l'envie de le lire.

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25 septembre 2008

Challenge Vivaldi, encore en retard...

Je suis encore en retard pour le challenge Vivaldi, de plusieurs jours, déjà... Je m'en excuse auprès des participants, je suis débordée par mon travail... Mais je n'ai pas oublié, je vais faire le maximum pour tenir mon engagement ! A très vite je l'espère!

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