22 juillet 2008
La grande femme des rêves , Danse, danse, danse.
Ce titre de post ressemble à une phrase énigmatique... Mais: CECI N'EST PAS UNE PHRASE
Chers papyvores,
vous aurez peut-être reconnu deux titres: La grande femme des rêves de Yeoshua Kenaz, dont je craignais déjà ici de ne pas venir à bout, et Danse, Danse, Danse, de Haruki Murakami. Ces deux livres m'ont terrassée, K.O. , même jusqu'à 100 ! Et pourtant, ce n'est pas du tout la même chose pour l'un et pour l'autre... Je m'explique !
La grande femme des rêves, dont je ne me permettrai pas de remettre en question l'évidente qualité littéraire, la force de l'écriture, m'a tout simplement plongée dans un profond malaise, qui petit à petit, a fini par devenir tout simplement (si j'ose dire!) insoutenable.
Nous sommes dans la banlieue d'une ville israélienne, dans un immeuble plus particulièrement, et nous passons d'un appartement à un autre, partageant avec des personnages que la vie semble avoir déjà brisés, un quotidien morose, pesant, voire malsain. Le personnage central est égocentrique, dur, cynique (et pourtant il tombe authentiquement amoureux!) et bien que la narration n'adopte pas toujours son point de vue, on ne sent aucune tendresse pour les personnages, aucun optimisme, aucune lueur, aucune porte de sortie. L'individualisme le plus forcené, la méfiance, la rancoeur, l'envie, semblent régner à tous les étages... Une vision bien pessimiste en somme, très, et c'est cela que je n'ai pas supporté. Le roman a le mérite de montrer les difficultés de la vie quotidienne, mais sans aucune foi en l'humanité, qu'il dépeint dans ce qu'elle peut avoir de pire, et c'est ce parti pris que je refuse de partager!
Parmi les scènes les plus pénibles, je me souviens de celles où un homme tout juste retraité (j'ai oublié son nom), timide et discret, sombre dans une solitude épouvantable, et flirte avec la folie, parce qu'il est incapable d'aller vers les autres, et il en est parfaitement conscient! C'est très justement, très finement et fortement exprimé, mais il y a un tel fatalisme dans cette description ! D'ailleurs, à propos de fatalité, et comme ce roman est très bien construit, on sentait peu à peu que le pire restait à venir, ...pour la fin...et je n'ai pas voulu la lire, J'AI PAS PU !
(et là je me souviens tout à coup que je n'ai pas publié mon petit compte-rendu final d'Infiltrations, autre roman de Yeoshua Kenaz-que j'ai terminé ! Je m'aperçois que mon blog est bordélique, on dirait bien que je suis dans mon blog comme dans ma vie...!)
Et Murakami, me direz-vous? Et bien c'est différent. Comment vous dire...? Ce n'était pas le bon moment pour cette histoire-là. Une atmosphère de récit fantastique, un hôtel étrange, une histoire d'argent détourné peut-être, un personnage égaré et dilettante, happé par ce lieu. Un univers vraiment très particulier, qui ne m'a pas rebuté, pas du tout et même, au contraire ! J'ai simplement senti que ce n'était pas le bon moment pour le lire. Que c'est n'est pas maintenant que j'en goûterai tout ce qu'il peut m'offrir. D'ailleurs, entretemps, Clarinette, dont je vous recommande le blog, véritable petite oasis de détente où chaque post se déguste comme une boisson fraîche à l'ombre d'un platane, m'a conseillé sur Babelio de lire d'abord le roman qui précède La Course au mouton sauvage, et je vais suivre son conseil. Je vais attendre simplement que Murakami me fasse un signe, et que je me sente "appelée" à nouveau par son personnage, comme lui-même se sent "appelé" par le mystérieux hôtel du Dauphin... A suivre.
Bonnes lectures à vous tous !
20 juillet 2008
Danseur, Colum MacCann
Chers papyvores,
des nouvelles de Danseur, de Colum MacCann.
Je l'ai commencé hier soir.
(J'ai oublié Entre deux mers, de Carmine Abate, chez ma soeur, je ne pourrai pas le terminer tout de suite à moins de le trouver à la bibliothèque... Ma grande soeur, si tu passes par là j'espère que tu en profiteras pour le lire, il en vaut la peine !)
On est très vite emporté par la force, je dirai même la poigne de ce récit. Je découvre l'auteur et son écriture est dense et énergique: j'adore. Il s'agit d'un roman librement inspiré de la vie de Rudolf Nouréev. En toile de fond, la Russie stalinienne, dans toute sa pesanteur. Au premier plan, la danse, la danse et encore la danse. Un sujet qui m'a toujours attirée.
Le personnage se dévoile au fil de sa vie, et à travers le regard de multiples personnages, car l'auteur ne craint pas de multiplier les points de vue, sans jamais nous égarer.
L'écriture de Colum McCann est justement comparable à un très bon danseur (ici s'exprime un point de vue exclusivement féminin, pardon messieurs...) qui sait vous emporter avec force, vous guider à ses côtés dans un parfait équilibre, sans vous contraindre, en vous donnant même l'impression que soudain vous dansez vous-même beaucoup mieux que vous ne l'aviez jamais fait... Vous voyez ce que je veux dire ?
A très bientôt,
Webdouwap.
P.S. : un petit extrait... " Le jour anniversaire de la mort de son frère, Dimitri ouvrit les portes de la salle et, priant les danseurs locaux de passer une audition, il leur expliqua ce qu'il voulait. Ils se montrèrent d'abord curieux -qu'un aveugle leur demandât d'enchaîner une série de mouvements paraissait ridicule-, mais certains acceptèrent tout de même. Renonçant à utiliser le piano de son frère, Dimitri fit venir un violoncelliste et un violoniste, et les fit jouer tandis qu'il prenait place au premier rang. Il choisit à la fin un groupe de danseurs avec lequel il souhaitait travailler. Ils répétèrent plusieurs semaines, pendant lesquelles il parla peu, jusqu'à ce que, soudainement, il s'emportât et leur adressât des reproches.
Sans voir, il pouvait affirmer qu'une pirouette tombait à contre-temps, qu'une hanche n'était pas alignée sur l'épaule, qu'un bond était effectué de travers. Les danseurs étaient abasourdis -non seulement leur maître était aveugle, mais en plus il avait raison.
Son spectacle rencontra vite un succès local.
On parla beaucoup de lui à l'automne 1909, à la suite d'un article publié dans la gazette du quartier. On le convia dans des salles plus importantes de la communauté, mais il refusa. Il déclina les offres de plusieurs usines, écoles, même la proposition d'un professeur de Kirov intrigué par ses méthodes. Il invita toutefois à apparaître sur scène une danseuse d'un certain âge, Nadia Koutepova, que son frère avait adorée. Elle accepta et dansa un solo spécialement pour lui, seul dans cette salle autrement vide. Il insista aussi pour qu'on ne joue pas de musique. Et la foule, amassée devant le théâtre, attendait de comprendre.
Dimitri et Nadia en ressortirent deux heures après, bras dessus, bras dessous.
Quand la foule demanda à Nadia ce qu'elle pensait de sa performance, elle déclara que, grâce aux instructions de Dimitri, elle avait dansé parfaitement. Il lui avait expliqué comment apporter au moindre mouvement une grâce infinie, et elle avait donné, dit-elle, un de ses plus beaux spectacles.
Quant à lui, Dimitri dit à la foule que, pendant la représentation, il avait entendu l'une des symphonies de son frère, que la musique avait jailli du corps de Nadia, et que, le rideau baissé, il avait encore dans l'oreille presque chacune des notes que son frère avait écrite.
Dimitri Yachmennikov avait écouté les lattes du plancher."
Danseur, Colum MacCann, édition Belfond, pp 116-117.
D'autres avis sur ce livre ici, et là.
17 juillet 2008
Masse critique, des nouvelles.
L'espace vide du monstre, d'Isabelle Flükiger.
Chers papyvores,
Je pense devoir dire quelques mots plus précis sur ce livre, même si je n'ai pas encore lu la dernière partie; le mois accordé est presque écoulé, et je tiens à respecter mes engagements.
Le sujet du livre est intéressant: le personnage principal, Louisa, une étudiante qui rêve de réussite sociale tout en ayant conscience de ses limites, est la proie de la jalousie et de l'insatisfaction. Ces sentiments vont la mener à un déchaînement de violence et le roman voulait explorer ce cheminement. La jaquette du livre nous promet une fine analyse psychologique, mais je vous avouerais d'emblée que je ne suis pas d'accord.
Le meurtre (Louisa assassine sauvagement Sonia, une "amie" brillante et rayonnante, dont elle envie jusqu'à la générosité), événement clé du roman, est amené de telle manière qu'il semble artificiel est peu crédible, ce qui est tout de même ennuyeux si l'on veut se lancer ensuite dans l'analyse psychologique d'un tel comportement. L'efficacité du récit est déjà sérieusement ébranlée, ainsi que la conviction du lecteur.
Le centre de cette analyse est de toute évidence la relation conflictuelle et douloureuse que Louisa entretient avec sa mère. Mais là encore, on est déçu et vite lassé par la répétitivité des scènes, très semblables, entre mère et fille. Etouffement et malaise sont certes bien exprimés, mais on ne progresse pas, même si les quelques éléments de l'histoire familiale dévoilés dans la deuxième partie (sauf erreur de ma part) avaient peut-être un rôle à jouer dans ce sens...
La culpabilité de Louisa en revanche s'exprime avec plus de finesse et d'efficacité, ainsi que son incapacité à s'abandonner aux sentiments, qui va jusqu'à la rupture avec David, son compagnon. Cette partie-là est plus réussie.
D'une façon générale, il m'a semblé que les personnages secondaires manquaient d'épaisseur, car le cadre social, culturel, est à peine esquissé. Là encore, pour un roman qui ambitionne l'analyse psychologique, je trouve que c'est une erreur, car tout semble plus artificiel. Tous semblent évoluer dans un décor de théâtre. C'est particulièrement flagrant avec Vassili qui assiste bien malgré lui au crime ... Il en réchappe, et se trouve être un témoin clé. Vassili est un immigré, il souffre de sa mauvaise intégration, de sa position sociale, de son physique ingrat, de son accent. Mais tout cela est dépeint très sommairement, trop.
Il disparaît totalement après le meurtre ; cela pourrait être facteur de tension dans le récit (va-t-il témoigner? sera-t-il mis en cause à la place de Louisa?...etc) Mais en fin de compte ce n'est pas le cas, car il manque les éléments, les rappels, les indices, tout ce que vous voudrez qui pourrait utiliser à bon escient cette absence du personnage. Il me semble donc que la construction du récit (la mise en place, la chronologie des événements, la façon de faire apparaître les liens entre eux...) est un autre défaut majeur de ce roman.
Le style volontairement dépouillé de l'auteur est parfois très efficace, mais c'est un peu inégal; certaines pages ont moins de "tonus"...
Toutes ces remarques sont bien sûres sujettes à discussion sans doute, aussi n'hésitez pas à ajouter vos commentaires. Je complèterai bientôt par une conclusion, dès que j'aurai lu la fin.
A très bientôt.
09 juillet 2008
Vous avez dit "pal"?
J'ai appris un nouveau mot, sur les blogs de lecture: La PAL, la Pile A Lire !
Alors, la voilà ma PAL, et hop !
Je peux déjà vous dire que j'ai commencé Entre deux mers, et que je ne vais pas mettre longtemps à le dévorer, ça va être un régal !
Masse critique : des nouvelles de mon adoption...
Cliquez sur la lettre pour l'agrandir...
Masse critique, si vous ne connaissez pas, c'est ici. P.S.: le livre dont il s'agit est l'espace vide du monstre d'Isabelle Fluckiger.
08 juillet 2008
Challenge Vivaldi: l'été !
Avec beaucoup de retard et je le regrette, je publie enfin la critique du livre que j'ai choisi pour la première saison du Challenge Vivaldi.
L'été, j'ai la chance d'avoir de longues vacances, et comme souvent dans ce cas, j'aime me laisser aller, céder plus souvent à la facilité, avancer plus lentement, goûter à la rêverie et au farniente...
C'est pourquoi j'ai décidé de choisir une lecture facile et rapide, mais, vous allez le lire, non dénuée d'intérêt...
Ma bibliothèque préférée a coutume de proposer sur deux tables des livres sélectionnés pour les adolescents, avec beaucoup de discernement, dans le but de les amener progressivement aux lectures adultes. C'est à cet endroit que j'ai trouvé ceci:
Un livre qui aborde un sujet grave, la place misérable "réservée" -c'est le mot!- au Indiens aux Etats-Unis. Une situation révoltante à bien des égards. Léonard, un tout jeune étudiant, sorti tout droit de son ghetto de New-York, décroche un petit boulot d'été dans un parc d'attraction, tout près de la réserve indienne de Pine Ridge. Il s'agit d'exploiter ses dons en informatique, mais aussi, puisque Léonard a des origines Sioux, de figurer à l'occasion dans le spectacle du parc d'attraction dont vous devinez aisément la teneur...
Léonard trouve là une occasion inespérée de rechercher son père, un Sioux Lakota originaire de Pine Ridge, disparu avant sa naissance. Il se lance alors dans une quête de ses origines et de lui-même, qui ne le laissera pas indemne, mais lui apportera beaucoup.
Ce roman a été une très agréable surprise, écrit dans un langage simple et accessible par tous, il est néanmoins fort et émouvant, et ne sombre à aucun moment dans la facilité du mélo. Les mots tombent juste, ils sonnent vrai. On apprend, comme Léonard, beaucoup sur la situation des Indiens, leurs combats et aussi malheureusement leur déchéance sociale pour bon nombre d'entre eux. C'est aussi le roman du passage délicat à l'âge adulte, et du premier amour...
Et pour finir, c'est de toute évidence un excellent choix à proposer à des adolescents, car on peut ajouter à ce qui précède que le livre ne manque pas d'ingrédients propres à embarquer nos ados jusqu'au bout dans cette histoire: action, mystère, rebondissements, frayeurs et courage, amitié, confrontation à la violence, tout y est, mais, encore une fois, avec toute l'intelligence et la sagesse qu'on peut souhaiter !
A faire lire et à offrir sans hésiter !
Un été Lakota, de Sophie Bages, édité chez Plon.








