Cent Mille milliards de pages...et une seule vie !!!

Carnets de lecture, pour partager le bonheur de lire...

17 août 2009

Extrait de Poussière rouge, de Gillian Slovo

Editions Christian Bourgeois, 2001, pp 200-201.

"Steve avait été un ami, pas seulement un camarade militant. Mais en essayant de retrouver une image différente de lui, Alex ne réussit qu'à faire défiler des portraits figés d'autres morts. Ils étaient si nombreux. Comment les pleurer tous?

Parfois, au Parlement, en regardant les autres survivants de ces années terribles, Alex pensait qu'ils ne partageaient pas seulement une souffrance, mais aussi la façon dont ils avaient été obligés de conserver leur humanité en la généralisant. Pour chacun, et de manière différente, le collectif était devenu plus important que l'individuel - pas seulement parce que cela avait un sens politique mais parce que c'était une façon de survivre à la douleur. Quel était le slogan qu'ils criaient aux enterrements? Ne pleurez pas, mobilisez-vous. Un slogan nécessaire alors, mais maintenant une façon de vivre. Seules les familles, comme les parents de Steve, réussissaient à s'accrocher à une douleur humaine et normale. On les remarquait à chaque audience de la Commission Vérité et Réconciliation, assises au premier rang, regardant d'un air hébété les assassins de leurs enfants, comme si, de cette façon, elles pouvaient comprendre ce qui s'était passé et accepter que le résultat ne soit pas la justice mais la vérité.

La vérité: un seul d'entre eux l'avait-il découverte? Et si oui, cela l'avait-il rendu meilleur? Parfois, Alex en doutait. Prenez le cas de James Sizela qui disait accepter la mort de son fils, et vouloir seulement retrouver son corps. Alex n'en était pas convaincu. Il connaissait suffisamment James pour savoir quelles réserves de colère se cachaient sous la surface. Si la vérité, toute la vérité, était révélée, James l'accepterait-il ? "

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12 août 2009

Saara

"Le couple faisait chambre à part depuis que Saara avait frappé Belzéb avec le battoir à tapis. Avant de se retirer chacun de son côté, le soir, ils se souhaitaient cependant bonne nuit. Pas de querelle ouverte dans cette famille, donc, mais un sentiment de malaise. La pastoresse, dans son lit, méditait sur son sort d'épouse d'un homme au cerveau détraqué. Oskar avait réellement perdu le sens des réalités, et bien sûr il ne s'en rendait pas compte. Un vieillard qui s'amourache d'une donzelle, comme Oskar de cette boulotte chercheuse d'Oulu, est déjà en soi ridicule et pitoyable, mais aller en plus se vautrer avec elle, et dans la tanière d'un ours ! A son âge, juste ciel ! C'était aussi navrant que lamentable. Saara Huuskonen avait téléphoné à un psychiatre et avait même, sous prétexte d'achats de Nöel, été parlé de sa honte à Helsinki, mais Oskar n'avait fait que hausser les épaules. Il était parfaitement sain d'esprit, prétendait-il, et Saara s'énervait pour rien comme d'habitude. La ménopause ? avait-il même osé suggérer."

Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen, Arto Paasilinna, édition Folio, p.126

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Tania

"Tania Mikhaïlova regarda le pasteur Oskar Huuskonen, assis sur son tabouret dans un coin du baraquement, des écouteurs sur les oreilles, attentif au moindre crachotement du cosmos. L'écran de l'ordinateur était d'un gris uniforme, on n'y distinguait aucun signe de vie. L'opératrice radio songea qu'elle s'était vraiment trouvé là un drôle d'amant, un homme comme on en fait peu: un prêtre finlandais défroqué, arrivé dans l'ïle avec un ours qui dansait et faisait des signes de croix dans la boîte de nuit d'un paquebot-et voilà qu'en plus il avait trouvé moyen de s'installer chez elle et tentait de prendre contact avec des extra-terrestres. Une femme ne se méfie jamais assez de ce que le destin lui réserve."

Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen, Arto Paasilinna, édition Folio p.237

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05 juin 2008

Extraits choisis...

Quelques mots extraits de Infiltration, de Yeoshua Kenaz, terminé hier soir.

"     -La fidélité à nous-même est un choix que nous faisons, celui de jeter cette sélection opérée par la mémoire ou de la conserver et de vivre avec. Il y a des choses que la mémoire enfouit dans les profondeurs et laisse endormies, d'autres qu'elle garde à la surface. Etre fidèle  à la mémoire, c'est être fidèle à ce jeu. Mais chez Naomi, il ne s'agit pas de cette fidélité. Elle est passionnée par le passé, son unique source d'espoir. Elle croit toujours que c'était mieux avant. Mais ce n'est pas vrai. Ca n'a jamais été mieux. Elle ne peut pas vivre dans le présent, l'avenir lui fait peur, il ne lui reste que le passé, refuge assuré dont elle peut espérer du bien. Imagine ce que ce serait si nous devions passer toute notre vie dans le souvenir, les réunions de classe, l'école primaire, puis le lycée, l'armée, les lieux où nous nous trouverons par la suite, toutes les périodes où nous avons connu toutes sortes de gens en toutes occasions. Nous n'aurions plus le temps de vivre ! C'est pourquoi nous oublions. Je sais que j'oublierai. J'ai choisi d'oublier et de continuer. La place que Naomi et Eli Shapira occupent dans ma vie ne sera pas ce qu'elle était après avoir passé un ou deux ans sans les voir. Je ne parle pas des lettres ou de deux ou trois rencontres par an, ça ne compte pas - ce n'est pas naturel, c'est un lien artificiel. Il n'en restera pas grand-chose, sinon de l'embarras et un peu de mauvaise conscience. Dans ma section aussi j'ai quelques bons amis, nous sommes tout le temps les uns avec les autres et nous traversons ensemble cet enfer. Mais après nos classes, chacun rejoindra son unité, le lien s'effacera, nous redeviendrons étrangers les uns aux autres, les souvenirs vont sombrer, s'endormir, disparaître. Et après le service? Chacun ira de son côté et oubliera les copains de l'unité pour aller s'attacher à d'autres camarades. Et toi, crois-tu que tu te souviendras toujours de ce type ridicule qui a peur de manger à Kippour, de l'autre qui regardait sa bouche en criant: "Mâche ! Mâche !" et de ceux qui riaient tout le temps, et de votre épileptique qui avait sa crise pendant vos revues? Il te restera peut-être un détail, un visage, une anecdote, quelque chose qui t'aura fait rire ou t'aura fait mal. Il restera des cicatrices à vie, mais elles ne seront plus liées à ici et à maintenant, ce seront des bribes desséchées et vides de sens. Dans quelques années, aucun de ces souvenirs ne sera vivant ni vrai. Seul le présent confère de la vie aux choses. C'est pourquoi les condamnées de l'Enfer de Dante ne savent pas ce qui se passe au présent parce qu'ils ne sont plus en vie. Ils ne connaissent que le passé et l'avenir.

- Alors, dis-je, il faudra que je m'invente de nouveaux souvenirs pour remplacer ceux qui auront disparu, que je me crée un passé neuf.

-Une prothèse, dit Arik."

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" -Il  y a des lampes de Hanoucca qui ont cette forme, dit Hérisson. Peut-être qu'ils s'en servaient pour adorer des idoles, ajouta-t-il aussitôt avec un sourire concupiscent.

- Non, dit Alon, ils s'en servaient pour éclairer.

-Ca date de quand? demanda Hanan. Des temps bibliques?

-Toute cette région autour d'Ashkelon appartenait aux Philistins, dit Avner.

-Je pense que ça date plutôt de la période arabe, corrigea Alon. Mais je n'en suis pas sûr. Il faut que je le montre à un membre de notre kibboutz qui connaît le sujet mieux que moi. Regardez comme c'est beau, quel magnifique travail! Je vais recoller les morceaux.

(...)

-Si c'est une lampe arabe, dit Hérisson avec une certaine incrédulité, alors pourquoi est-elle si ancienne?

-Est-ce que tu sais seulement à quelle époque les arabes ont gouverné ce pays? Est-ce que tu sais combien de centaines d'années ils ont vécu ici? Tu ne connais rien à l'histoire du pays, dit Alon. Tu ne sais que ce qu'on t'as appris sur la persécution des Juifs."

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"  -Mon père connaît des tas de fables et d'histoires. Il nous en racontait toujours quand nous étions petits. Il avait une histoire sur un tzigane et un ours. Ce tzigane avait un ours qu'il montrait dans les cirques et les foires. Un jour, il s'endormit au bord d'une route ou bien dans une forêt, des brigands se jetèrent sur lui, ou bien des bêtes de proie, je ne sais plus très bien. Ca changeait à chaque fois. Bref, l'ours se jeta sur eux et les tua. Et le tzigane fut sauvé. Alors, débordant de gratitude envers l'ours, il le serra dans ses bras et l'embrassa, mais l'ours détourna la tête et lui dit:"Tu pues de la gueule." Alors le tzigane lui dit: "Dommage que tu m'aies sauvé."

-Je ne comprends pas la morale de l'histoire.

-Il n'y a pas de morale. C'est une histoire. Chacun peut la voir à sa manière et en tirer la leçon qui lui convient."

Extrait de Infiltrations, publié chez Stock, collection les mots étrangers.

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24 mai 2008

Arturo Perez-Reverte

    " Le joueur d'échecs lut à haute voix:

  - La phrase que j'écris en ce moment est celle que vous lisez en ce moment... -il regarda Belmonte, surpris. Oui, et puis?

  - C'est tout. J'ai écrit cette phrase il y a une minute et demie et vous venez de la lire, il n'y a que quarante secondes. En d'autres termes, mon écriture et votre lecture correspondent à des moments différents.  Mais sur le papier, ce moment et ce moment sont indubitablement le même moment... Donc la phrase est à la fois vraie et fausse... Ou est-ce le concept de temps que nous laissons de côté? ... N'est-ce pas un bon exemple de paradoxe? "

                                                                                                                                                                 Le tableau du maître flamand.

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Ray Bradbury

     "Si vous cachez votre ignorance, personne ne vous frappera et vous n'apprendrez rien"   

                                                                                                                                  Fahrenheit 451

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