Cent Mille milliards de pages...et une seule vie !!!

Carnets de lecture, pour partager le bonheur de lire...

17 août 2009

Poussière rouge, de Gillian Slovo

Editions Christian Bourgeois, 2001.

J'avais acheté ce livre il y a plus d'un an déjà, chez un bouquiniste parisien. Je l'avais laissé de côté, puis ouvert, j'avais lu quelques lignes, et l'avais finalement refermé. Il ne suffit pas d'ouvrir un livre pour que le livre s'ouvre ! Pourquoi parfois il nous résiste pour céder ensuite ? Mystère...

En tout cas, cet été j'ai renoué avec lui et j'ai immédiatement été captée. Cet excellent roman, tout en finesse, et d'une belle écriture pour autant que la traduction permette d'en juger, s'est révélé d'une grande force, et s'est imprimé durablement dans ma mémoire. En Afrique du Sud, après l'apartheid, l'héroine, Sarah Barcant, une brillante avocate exilée aux Etats-Unis se voit rappelée par le mentor de sa jeunesse pour assister un ami, Alex M'Pondo ; celui-ci va être confronté à son ancien tortionnaire devant la "Commission Vérité et Réconciliation". Le procès doit être l'occasion de comprendre ce qu'est devenu le corps d'un ami d'Alex, lui aussi victime de la torture, et qui n'a jamais été retrouvé, à la grande douleur de ses parents.

L'histoire s'approche parfois du polar, mais le but est bien davantage de saisir la complexité d'une situation, dans un pays encore divisé et meurtri, les ambiguïtés des personnages (ainsi Alex , qui est pourtant victime, est lui aussi rongé de culpabilité) ; la lourdeur du climat le dispute à celle des sentiments pesants et étouffants, à la difficulté pour tous de tourner la page, la difficulté de créer un semblant de justice, de reconstruire un avenir commun. La poussière rouge, qui recouvre tout, y compris la collection très citadine et décalée des chaussures de Sarah , est peut-être la prison de la mémoire, qui enferme tous ces personnages.

L'auteur nous fait approcher de chacun avec subtilité et vraisemblance, que ce soit l'ancien bourreau, doux comme un agneau avec sa femme malade, et pourtant assassin, le père du disparu assoiffé de vérité, et figé dans une sorte de raideur morale qui semble vouloir compenser l'injustice du monde qui l'entoure, la jeune avocate qui a choisi de s'exiler et voit s'éteindre celui qui lui a tout appris et l'a aimé comme sa fille...  et bien d'autres encore. Le tout est d'une grande richesse et dresse un tableau très complet et très vivant d'un pays à un moment délicat de son histoire...

Incontournable si l'on s'intéresse à l'Afrique du Sud ! 



23 août 2008

Susan Abulhawa, Les Matins de Jenine

Editions Buchet Chastel, 2008 ISBN 978-2-283-02284-9

2008_08_23_66655 Chers papyvores,

je viens tout juste de terminer ce très beau roman, et j'en suis encore profondément bouleversée! L'auteure retrace l'histoire de toute une famille palestinienne, sur quatre générations, prise dans la tourmente de la guerre, dès 1948, et jusqu'à nos jours.

En écho, c'est celle de tout un peuple, dont l'auteur nous fait mesurer avec une très grande force la vie étouffée, bafouée, meurtrie, par une guerre sans merci, terrain des pires terreurs, des pires violences, des pires injustices.

Le récit évoque notamment certains des massacres les plus horribles perpétrés par l'armée israélienne.

Le personnage central du récit est une femme, Amal, et ses origines, son histoire familiale, sont la trame du roman. On remonte le fil du temps, et on voit l'histoire simple de la vie: les amours, les enfants, les espoirs, les rêves, qui essaie de garder à toute force quelque souffle, écrasée par l'étau de la guerre. Avec beaucoup de sensibilité, Susan Abulhawa nous rend très proches et très attachants tous les membres de cette famille, qui tous s'accrochent à la vie avec une énergie désespérée. Le texte dessine également les cicatrices profondes laissées dans leur histoire par le deuil et la souffrance, et les chemins terribles ouverts par ce déchaînement de violence ; tout cela en ouvrant une page d'espoir à la fin, ce qui, après un tel récit, est plutôt courageux !

Ni mélodrame, ni manichéisme dans ce livre. La force de l'amour, mais aussi celle de l'amitié, très présente dans cette histoire, traverse toutes ses pages et les rend d'autant plus poignantes. C'est un récit terrible : ce qu'il décrit est vrai ; mais il est beau, et rempli d'humanité.

Ce texte me paraît d'autant plus essentiel qu'il décrit avec une grande clarté et sans détours ce qu'est la situation des Palestiniens, tout en rappelant des événements marquants de cette sombre histoire, certains noms, certains personnages politiques. Il permet de mieux comprendre une situation qui peut nous sembler lointaine et complexe. Pour quiconque voudrait s'intéresser de plus près au sujet, c'est un excellent point de départ.

Pour finir, voici un extrait que j'ai choisi (choix difficile, il y a tant de pages que j'aimerais vous lire...) . Dans ce passage Amal revois pour la première fois Ismaïl son frère disparu alors qu'il était encore au berceau,  volé par un soldat israëlien pour faire le bonheur de sa femme, stérile. Ismaïl est devenu David... 

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08 juillet 2008

Challenge Vivaldi: l'été !

                                                                           challenge_vivaldi

Avec beaucoup de retard et je le regrette, je publie enfin la critique du livre que j'ai choisi pour la première saison du Challenge Vivaldi.

L'été, j'ai la chance d'avoir de longues vacances, et comme souvent dans ce cas, j'aime me laisser aller, céder plus souvent à la facilité, avancer plus lentement, goûter à la rêverie et au farniente...

C'est pourquoi j'ai décidé de choisir une lecture facile et rapide, mais, vous allez le lire, non dénuée d'intérêt...

Ma bibliothèque préférée a coutume de proposer sur deux tables des livres sélectionnés pour les adolescents, avec beaucoup de discernement, dans le but de les amener progressivement aux lectures adultes. C'est à cet endroit que j'ai trouvé ceci:

                                                      2008_07_08_36085

Un livre qui aborde un sujet grave, la place misérable "réservée" -c'est le mot!- au Indiens aux Etats-Unis. Une situation révoltante à bien des égards.  Léonard, un tout jeune étudiant, sorti tout droit de son ghetto de New-York, décroche un petit boulot d'été dans un parc d'attraction, tout près de la réserve indienne de Pine Ridge. Il s'agit d'exploiter ses dons en informatique, mais aussi, puisque Léonard a des origines Sioux, de figurer à l'occasion dans le spectacle du parc d'attraction dont vous devinez aisément la teneur...

Léonard trouve là une occasion inespérée de rechercher son père, un Sioux Lakota originaire de Pine Ridge, disparu avant sa naissance. Il se lance alors dans une quête de ses origines et de lui-même, qui ne le laissera pas indemne, mais lui apportera beaucoup.

Ce roman a été une très agréable surprise, écrit  dans un langage simple et accessible par tous, il est néanmoins fort et émouvant, et ne sombre à aucun moment dans la facilité du mélo. Les mots tombent juste, ils sonnent vrai. On apprend, comme Léonard, beaucoup sur la situation des Indiens, leurs combats et aussi malheureusement leur déchéance sociale pour bon nombre d'entre eux. C'est aussi le roman du passage délicat à l'âge adulte, et du premier amour...

Et pour finir, c'est de toute évidence un excellent choix à proposer à des adolescents, car on peut ajouter à ce qui précède que le livre ne manque pas d'ingrédients propres à embarquer nos ados jusqu'au bout dans cette histoire: action, mystère, rebondissements, frayeurs et courage, amitié, confrontation à la violence, tout y est, mais, encore une fois, avec toute l'intelligence et la sagesse qu'on peut souhaiter !

A faire lire et à offrir sans hésiter !

Un été Lakota, de Sophie Bages, édité chez Plon.

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