12 août 2009
Saara
"Le couple faisait chambre à part depuis que Saara avait frappé Belzéb avec le battoir à tapis. Avant de se retirer chacun de son côté, le soir, ils se souhaitaient cependant bonne nuit. Pas de querelle ouverte dans cette famille, donc, mais un sentiment de malaise. La pastoresse, dans son lit, méditait sur son sort d'épouse d'un homme au cerveau détraqué. Oskar avait réellement perdu le sens des réalités, et bien sûr il ne s'en rendait pas compte. Un vieillard qui s'amourache d'une donzelle, comme Oskar de cette boulotte chercheuse d'Oulu, est déjà en soi ridicule et pitoyable, mais aller en plus se vautrer avec elle, et dans la tanière d'un ours ! A son âge, juste ciel ! C'était aussi navrant que lamentable. Saara Huuskonen avait téléphoné à un psychiatre et avait même, sous prétexte d'achats de Nöel, été parlé de sa honte à Helsinki, mais Oskar n'avait fait que hausser les épaules. Il était parfaitement sain d'esprit, prétendait-il, et Saara s'énervait pour rien comme d'habitude. La ménopause ? avait-il même osé suggérer."
Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen, Arto Paasilinna, édition Folio, p.126
Tania
"Tania Mikhaïlova regarda le pasteur Oskar Huuskonen, assis sur son tabouret dans un coin du baraquement, des écouteurs sur les oreilles, attentif au moindre crachotement du cosmos. L'écran de l'ordinateur était d'un gris uniforme, on n'y distinguait aucun signe de vie. L'opératrice radio songea qu'elle s'était vraiment trouvé là un drôle d'amant, un homme comme on en fait peu: un prêtre finlandais défroqué, arrivé dans l'ïle avec un ours qui dansait et faisait des signes de croix dans la boîte de nuit d'un paquebot-et voilà qu'en plus il avait trouvé moyen de s'installer chez elle et tentait de prendre contact avec des extra-terrestres. Une femme ne se méfie jamais assez de ce que le destin lui réserve."
Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen, Arto Paasilinna, édition Folio p.237